Le Cabanon
de Le Corbusier

intérieur du Cabanon de Le Corbusier, le lit d’Yvonne, le couloir d'entrée et les toilettes © Fondation Le Corbusier / ADAGP - Photographe Manuel Bougot

Natif du Jura Suisse, Le Corbusier aimait la mer Méditerranée, sa lumière, ses paysages fondateurs de grandes civilisations et ses architectures rurales. Le Cabanon témoigne de cet ancrage, et l’architecte, qui mourra dans les vagues de la plage de Cabbé le 27 août 1965, repose au cimetière de Roquebrune.

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« J’ai un château sur la Côte d’Azur, qui a 3,66 mètres par 3,66 mètres. C’est pour ma femme, c’est extravagant de confort, de gentillesse »,

Le Corbusier évoquait ainsi son Cabanon construit en 1952, selon les règles de dimensions harmonieuses définies dans le « Modulor ». Jusqu’au décès de son épouse Yvonne en 1957, il y passa ses étés avec elle et poursuivit cette habitude de villégiature balnéaire jusqu’à sa propre disparition en 1965.

DU MYTHE DE LA CABANE
AU FONCTIONNALISME

En 1928, la couverture d’un livre de Le Corbusier, « Une maison un palais », montrait une baraque de pêcheur qui témoignait de son admiration pour le vernaculaire. Le choix de cette image pour la couverture de l’un de ses ouvrages et l’intérêt qu’il portait à ce type d’architecture se retrouve dans l’aspect rustique des murs extérieurs en bardage de croûte de pin de son Cabanon qui tranche avec tant d’autres œuvres de l’architecte et notamment ses célèbres villas blanches.

L’originalité du Cabanon est en effet d’associer à l’esprit des cabanes de trappeurs le fonctionnalisme prôné par les architectes du mouvement moderne. Pour eux, définir une typologie de cellule habitable, réduite à un espace minimum réunissant plusieurs fonctions, est crucial. Sous la toiture à une pente du Cabanon, sont ainsi concentrés dans une cellule carrée de 3,66 x 3,66 mètres et 2,26 mètres de hauteur, un coin-travail, un coin-repos, des toilettes, un lavabo, une table, des rangements et un porte-manteau. La structure et tous ces éléments en bois, préfabriqués en Corse par l’Entreprise Barberis, ont été assemblés sur place comme un Meccano.

L’HARMONIE
D’UN INTÉRIEUR

A l’intérieur, les éléments de mobilier, en chêne ou châtaignier, et les cloisons en contreplaqué de marine rivalisent d’astuces pour séparer les espaces et les activités et faciliter les rangements.

Ancré sur le mur de la façade donnant sur la mer, un plan de travail en « tavaillons » de châtaignier est complété d’un meuble bas à casiers. Isolé des toilettes par un rideau rouge, le lit intègre un repose-tête en bois et des rangements. Les peintures murales qui ornent l’entrée et les deux volets pliants, le sol de parquet jaune, les panneaux vert, rouge et blanc du plafond et les touches de couleur qu’apportent les patères du porte-manteau contribuent à l’harmonie d’un ensemble à la sobriété joyeuse.

Le Corbusier au travail dans son atelier © Fondation Le Corbusier / ADAGP - Photographe Willy Boesiger

VIVRE
AU CONTACT DE LA NATURE

Le Corbusier aimait la Méditerranée qui ne cessa de nourrir son œuvre. L’une des deux petites fenêtres carrées du Cabanon cadre la vue sur la mer. Proche du lavabo, la seconde est tournée vers un caroubier vénérable.

La présence de ce caroubier qui est indissociable du cabanon tant il semble faire corps avec l’habitation, a dicté son implantation sur le site et il protège le Cabanon de son ombre. Vivre en osmose avec la nature étant son propos, Le Corbusier se douchait dans une « salle de bain » improvisée en plein air à l’abri des feuillages. Juste à côté, une table en béton et un siège servaient de lieu de contemplation et de réflexion. Pour travailler il se rendait un peu plus loin dans la baraque de chantier vouée à l’atelier où il pouvait entreposer ses dessins.

Regard sur le caroubier depuis la fenêtre du Cabanon © Fondation Le Corbusier / ADAGP - Photographe Willy Boesiger

UN MANIFESTE
D’ARCHITECTURE MODERNE

Vernaculaire et rustique dans son aspect extérieur, le Cabanon se caractérise à l’intérieur par sa sobriété austère et sa fonctionnalité minimaliste.

Dans un échange de courrier avec Charles Barberis, le charpentier qui a construit le Cabanon, Le Corbusier avait envisagé une reproduction en série (en bois ou métal) de ce prototype.

Désormais reconnu comme un manifeste de l’architecture moderne, le Cabanon a fait l’objet de deux répliques par la maison Cassina. Elles sont régulièrement exposées à travers le monde.

 

Tout ce que donne la Méditerranée… Le Corbusier au travail, devant son Cabanon © Photographe Lucien Hervé – J. Paul Getty Trust.

 

Les peintures

Détail de la peinture de Le Corbusier dans le couloir d'entrée du Cabanon © Fondation Le Corbusier / ADAGP - Photographe Manuel Bougot

S’ajoutant à la polychromie qui pondère de touches de couleur l’austérité de l’habitat minimal conçu par Le Corbusier, des peintures murales de l’architecte ornent une paroi du couloir d’entrée du Cabanon ainsi que la face intérieure des deux volets pliants.

La première peinture réalisée par Le Corbusier dans le Cabanon orne l’étroit couloir d’entrée. C’est l’une des premières oeuvres de la série de 21 « Taureaux », qui occupa l’architecte jusqu’à ses derniers jours. L’une des sources d’inspiration de cette peinture qui mêle plusieurs motifs et idées était une nature morte. Les bœufs qu’il avait dessinés à Ozon en 1941 en étaient une autre. Le Corbusier lui-même avouait qu’il considérait la série des Taureaux comme ‘totale et intime confession Corbu-Yvonne’. Sur l'autre face du mur, il a crée une autre peinture représentant la famille Rebutato et leur chien en bord de mer. À l'intérieur du Cabanon, l'artiste a peint sur un carton une série de figures, dont plusieurs font référence à Yvonne. Il a également orné les volets de figures féminines.

VOIR  LE LIVRE « LE CORBUSIER, PEINTRE A CAP-MARTIN »

Le jardin
autour du Cabanon

Vue du jardin depuis l’atelier vers le Cabanon © Fondation Le Corbusier / ADAGP - Photographe inconnu

Comme les jardins de la Villa E-1027 et de l’Etoile de Mer, celui du Cabanon de Le Corbusier est un prolongement naturel de l’habitation. Il ne saurait s'entendre sans prendre en considération le concept de la « maison du dehors » mis en évidence par des chercheurs comme Jean-Lucien Bonillo ou Bruno Chiambretto.

Près du Cabanon, le caroubier donne le ton, dominant les figuiers de barbarie, les yuccas et les agaves, qui dégringolent la pente vers les rochers. Le jardin est aussi le domaine d’ espèces végétales typiquement méditerranéennes : pins, eucalyptus, pistachiers, euphorbes, yuccas, figuiers de barbarie, térébinthes ou lentiques, nerpruns alaternes, filaires, etc. C'est un univers très "naturel" resté un peu sauvage qui contraste avec le jardin plus « construit » de l'Etoile de Mer.

Le Corbusier prés du Cabanon et de l'Etoile de Mer © DR - Photographe inconnu

 

Le Corbusier
dans son siècle

Le Corbusier © Photographe Michel Sima/Rue des Archives

Charles-Edouard Jeanneret, plus connu sous le pseudonyme de « Le Corbusier », est né le 6 octobre 1887 à La Chaux- de-Fonds, dans le canton de Neuchâtel, en Suisse, et mort le 27 août 1965 à Roquebrune-Cap-Martin.

Architecte, urbaniste, décorateur, peintre, sculpteur et homme de lettres, il découvre le Cap Martin dans les années 1930. À partir de cette date, il passera le plupart de ses semaines de vacances sur le site. Il y construira le Cabanon et il y installera une baraque de chantier qui lui servira d’atelier, puis les unités de camping et leurs éléments mobiliers. Plusieurs de ses peintures murales sont présentes sur le site dont celles qu’il peignit en mai 1938 sur deux murs à l’intérieur de la villa E-1027.

Il conçut ici aussi les projets ROQ et ROB dont les unités de camping sont une déclinaison.

En 1919, c’est en collaboration avec Amédée Ozenfant et Paul Dermée que Le Corbusier a fondé la revue « L’esprit nouveau » qui paraîtra jusqu’en 1925.

En 1920, année de sa rencontre avec Fernand Léger, il prend le pseudonyme de Le Corbusier du nom de l’un de ses ancêtres albigeois.

En 1922 débute sa longue collaboration avec son cousin Pierre Jeanneret. C’est une année dense, marquée par la première conférence de Le Corbusier, à la Sorbonne, par sa rencontre avec Yvonne Gallis, mannequin monégasque, qu’il épousera en 1930 et par la présentation du plan de la Ville contemporaine de trois millions d’habitants au Salon d’Automne.

1923 sera l’année de la publication de « Vers une Architecture », de l’ exposition Jeanneret-Ozenfant à la galerie « L’effort moderne » de Léonce Rosenberg et de la construction des villas La Roche et Jeanneret (Paris - Auteuil).

En 1924, Le Corbusier installe son atelier au 35 rue de Sèvres (Paris 6e). Il donne des Conférences à Genève, Lausanne et Prague.

En 1925, il construit le Pavillon de l’Esprit Nouveau dans le cadre de l’exposition internationale des Arts décoratifs à Paris et la Cité Frugès à Pessac. C’est aussi l’année des études pour « Le plan Voisin » et la villa Meyer.

En 1927, il participe au concours pour le palais de la Société des Nations à Genève. il construit la villa Stein à Garches, la maison Planeix à paris et des villas du Weissenhof à Stuttgart.

En 1929, les meubles Le Corbusier en collaboration avec Charlotte Perriand et Pierre Jeanneret sont présentés au Salon d’Automne. il construit la villa Savoye à Poissy et réalise des études pour le Mundaneum et l’urbanisme en Amérique du Sud.

En 1930, naturalisé français, Le Corbusier épouse Yvonne Gallis le 18 décembre.

1935 voit les publications de « Aircraft » et « La Ville Radieuse », la construction de la maison de week-end à La Celle Saint Cloud, et celle de la villa le Sextant (Les Mathes).

1936, année marquée par son voyage en Amérique du Sud à bord du graf-Zeppelin, Le Corbusier est consulté avec Oscar Niemeyer, Lucio Costa, Alfonso Reidy et d’autres pour la construction du Ministère de l’Education nationale et de la Santé. A Paris, il étudie le projet d’un stade de 100 000 places.

En 1938, il expose ses peintures au Kunsthaus de Zurich et à la galerie L. Carré à Paris et réalise huit peintures murales à la Villa E-1027 de Jean Badovici à Cap Martin.

1942 voit la fondation de l’ASCORAL (Assemblée de Constructeurs pour une Rénovation Architecturale). Le Corbusier est chargé d’une mission officielle à Alger et c’est aussi la réouverture de l’Atelier de la rue de Sèvres à Paris.

En 1950, il est désigné comme Conseiller du gouvernement du Punjab pour la réalisation de sa nouvelle capitale, avec Pierre Jeanneret, Maxwell Fry et Jane Drew . Il publie le « Modulor », « Poésie sur Alger » et « L’unité d’Habitation de Marseille ».

1951. Le 18 février : Lors de son premier voyage en inde, Le Corbusier visite Chandigarh et d’Ahmedabad. il présente le monument « La Main ouverte » de Chandigarh et débute les études des projets pour l’Assemblée, la Haute Cour, le palais du gouverneur, le Secrétariat et le Musée. La même année, il est écarté comme concepteur du Concours pour la construction du siège de l’UNESCO à Paris et il construit la Chapelle Notre Dame du Haut à Ronchamp.

En 1952, il construit son Cabanon à Roquebrune-Cap Martin. Le 14 octobre, il remet au ministre de la Reconstruction et de L’urbanisme, Eugène Claudius-Petit la Cité d’habitation de Marseille.

Cadrage inattendu, Le Corbusier a une fenêtre du Cabanon © Fondation Le Corbusier / ADAGP - Photographe inconnu

En 1956, il refuse d’enseigner à l’Ecole des Beaux-Arts.

En 1957, outre la construction des unités d’habitation de Berlin et Briey en Forêt, Le Corbusier construit la Maison du Brésil de la Cité universitaire à Paris, avec Lucio Costa, Le Couvent Sainte Marie de La Tourette, à Eveux et le Musée d’art occidental à Tokyo.

En 1963, début des travaux de la construction du Centre Le Corbusier à Zurich.

En 1965, c’est la reprise de l’étude du Monument de la Main ouverte pour Chandigarh, un diplôme de la Société d’Architecture de Boston, la publication de « Textes et dessins pour Ronchamp » et la construction du Stade de Firminy.

Le 27 août 1965, Le Corbusier meurt à Cap Martin au cours d’une baignade dans la Méditerranée. Le 1er septembre, ses obsèques officielles sont célébrées dans la Cour Carrée du Louvre. il est ensuite inhumé au cimetière de Cap Martin.

Texte ci-dessus reproduit avec l’aimable autorisation de la Fondation Le Corbusier

Entre intérieur et extérieur, l’image d’une villégiature intime et studieuse en bord de mer © Fondation Le Corbusier / ADAGP - Photographe Willy Boesiger

 

La restauration
du Cabanon
et de la baraque-atelier

L'intérieur du Cabanon (détail) © Fondation Le Corbusier / ADAGP - Photographe Tim Benton

La fragilité du cabanon et la baraque-atelier pose des problèmes pour les visites. Il est interdit d’entrer à l’intérieur de la baraque-atelier et ces deux édifices devront prochainement faire l'objet d'une campagne de restauration. L'entrée dans le Cabanon n’est autorisée que par groupe ne dépassant pas 4 personnes accompagnées d’un guide. Le temps passé à l’intérieur ne peut excéder 2 à 3 minutes pour faciliter la rotation des visiteurs.

Il est capital de ne toucher ni les peintures ni les meubles et de ne pas manipuler les ouvertures et les poignées. Seul le guide est autorisé à faire ces manipulations durant les visites.

Le Cabanon et la baraque-atelier, après avoir fait l'objet de travaux de sauvegarde de leurs toitures, en mai 2015, feront bientôt l'objet d'une campagne de restauration.

À l’origine, la très modeste baraque de chantier, montée par un collaborateur de l'atelier Le Corbusier, était de nature précaire. Des travaux d'étanchéité, de peinture et de traitement du bois sont nécessaires à sa conservation.