E-1027
Maison en bord de mer

Vue extérieure de la villa E-1027 d'Eileen Gray et Jean Badovici © Photographe Manuel Bougot

Véritable icône de l’architecture moderne, la villa E-1027, première création architecturale d’Eileen Gray, témoigne de sa réflexion attentive dans le dessin de chaque détail. Elle a valeur de manifeste, tant pour l’architecture elle-même que pour les meubles fixes et mobiles, les luminaires et les décors qui en sont indissociables. Trois ans durant, Eileen Gray dessina le mobilier et, en collaboration avec son compagnon Jean Badovici, les plans du projet.

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L’INVENTION
D’UNE ESTHÉTIQUE ARCHITECTURALE

Chareau, Van Doesburg, Rietveld, Mallet Stevens, Le Corbusier, Gropius…A l’aube du XXè siècle, sur fonds d’industrialisation et de progrès technique, des architectes et des artistes élaborent une esthétique moderne. Par ses voyages et les articles de Jean Badovici, rédacteur en chef de «L’Architecture vivante», Eileen Gray connaît ces recherches quand elle aborde en 1926 sa première création architecturale.

Eileen Gray a été particulièrement attirée par la petite maison au bord du lac Léman, que Le Corbusier a dessinée pour ses parents en 1924. Sous le climat azuréen, elle songe d’abord à construire un « refuge » où elle-même et Jean Badovici pourraient travailler en toute détente. Sous l’influence de Badovici, le concept évolue et prend de l’ampleur, pour pouvoir accueillir ses amis. Par son architecture, son mobilier (fixe et mobile), les luminaires et les décors qui en sont indissociables, la villa E-1027 «maison en bord de mer», est pensée comme un organisme vivant et un modèle d’habitat. Elle a valeur de manifeste. Dans le numéro spécial de « L’Architecture Vivante » consacré à la villa, Eileen Gray porte une critique subtile et nuancée contre le fonctionnalisme de l’architecture moderne.

Modèle interactif de la villa E-1027

DE LA MODERNITÉ
AU CONFORT INTIME

« E pour Eileen, 10 du J de Jean, 2 du B de Badovici, 7 du G de Gray », le nom de la villa imbrique les initiales d’Eileen Gray et Jean Badovici. Ils la partageront peu de temps, et lui en restera propriétaire jusqu’à sa mort en 1956.

Si l’aspect extérieur de la villa est en phase avec les principes architecturaux énoncés par Le Corbusier, cette réalisation est néanmoins l'occasion pour le couple d'architectes de compenser les conceptions de l'aménagement intérieur par le Mouvement Moderne, jugées trop froides, par une recherche de confort et d'intimité.

Dans le premier numéro de la revue L'Architecture d'aujourd'hui ils écrivent :

« Quand on voit (...) ces intérieurs où tout semble répondre à un strict et froid calcul (...), on se demande si l'homme pourrait se satisfaire d'y demeurer. (...) Il fallait (...) chercher à créer une atmosphère intérieure en harmonie avec les raffinements de la vie intime moderne. »

Et Eileen Gray d'ajouter :

« Chacun, même dans une maison de dimension réduite, doit pouvoir rester libre, indépendant. Il doit avoir l'impression d'être seul. » Des inscriptions teintées d'humour sont disséminées sur les murs de la villa : « Beau temps », « L'invitation au voyage », « Entrez lentement », « Défense de rire », « Sens interdit », « Chapeaux », « Oreillers », « Pyjamas », etc.

Pour Eileen Gray, chaque chose devait trouver sa place dans un mobilier adapté. Dans la pièce principale, la tête de lit du petit divan en témoigne. Mobilier d'Eileen Gray reconstitué avec l'aide de la société Aram Designs © Photographe Manuel Bougot

UNE VILLA BALNÉAIRE
ANCRÉE DANS LES RESTANQUES

Tel un petit «paquebot» ancré dans les «restanques» où la pièce principale hissée sur pilotis profite du plan libre, d’un balcon et de longues baies magnifiant les vues, E-1027 est une icône de l’architecture moderne.

Pour inscrire dans le site, sans l’altérer, cette villa sur pilotis à toit plat, structure en béton armé et parois de briques creuses, Eileen Gray l’implanta en limite basse des « restanques », avant la partie rocheuse qui plonge vers la mer. Par sa situation, sa toiture coiffée d’un édicule vitré, ses garde-corps et ses stores en toile de bâche, sa bouée et ses variations chromatiques blanches et bleues, elle joue de l’analogie avec l’univers nautique pour réinventer la villégiature balnéaire. Associant sa sensibilité aux idéaux modernes, Eileen Gray l’enrichit de persiennes empruntées à l’architecture vernaculaire.

Vue extérieure de la villa E-1027 d'Eileen Gray et Jean Badovici après restauration, une pièce extérieure ombragée sous les pilotis et, plus haut, des terrasses ensoleillées… Tout est fait pour profiter du paysage au gré de ses envies et de ses activités © Photographe Manuel Bougot

L’INTÉRIEUR
INTIME ET OUVERT

À la fois intime et ouvert sur le paysage, sa végétation et ses vues proches et lointaines grâce à plusieurs terrasses, l’intérieur de la villa facilite toutes les activités.

La surface de 120 m2 obéit à un plan en « L » sur deux niveaux. Au rez-de-chaussée haut (90 m2), se trouvent l’entrée, le séjour au plan libre polyvalent et transformable, une chambre-studio, une salle de bains, une salle d’eau, un sanitaire et la cuisine à cloisons mobiles. Un escalier en spirale descend au rez-de-chaussée bas vers la chambre d’amis et l’espace du personnel. Un espace couvert (55 m2) est libre sous les pilotis. Pour évoquer un voyage en bateau face à l’horizon, la structure en accordéon des baies vitrées donnant sur la terrasse viendrait-elle des paravents qu’Eileen Gray créait, plus jeune, dans sa période art déco ?

Côté cuisine d'été sous la citerne de la villa E-1027 d'Eileen Gray et Jean Badovici© Photographe Manuel Bougot

Si chaque chambre, intime et autonome, dispose d’un accès direct à l’extérieur et d’une petite terrasse, Eileen Gray favorise la convivialité par des mobiliers polyvalents et des dispositifs qui séparent, ouvrent ou créent des transitions. Au cœur de l’espace de vie : un grand divan, une cheminée, des rangements, une salle d’eau masquée par un mur paravent. Dans un espace attenant sans séparation, on trouve un coin alcôve et un petit divan et, à l’opposé, l’espace bar-salle à manger. Lors de la restauration de la Villa (2007), confiée à l’Architecte en Chef des Monuments Historiques Pierre-Antoine Gatier, une composition polychrome a été découverte sur le mur nord du salon. Celle-ci correspondrait à des essais qui auraient précédé la publication de l’Architecture Vivante en 1929. Eileen Gray supprimera cette première intention de décor coloré au profit du blanc.

Le grand salon de la villa E-1027 d'Eileen Gray et Jean Badovici pendant les travaux de restauration et la composition polychrome restituée à cette occasion © Travaux de restauration agence P.A. Gatier - Photographe Tim Benton

 

Les astuces
d’un mobilier fixe
ou mobile

Meuble reconstitué d'après l'original d'Eileen Gray dans la chambre d'ami de la villa E-1027 © Photographe Manuel Bougot

La Villa est petite mais pour Eileen Gray chacun « doit pouvoir rester libre et indépendant » et tout ranger dans un minimum de place. Pour cela, elle invente un mobilier élégant, fonctionnel et très astucieux dont elle soigne chaque détail.

 

Cet esprit d’ordre et de rangement se matérialise par de petites « étiquettes » peintes précisant la place de chaque chose. Les dessins d’architecte designer d’Eileen Gray détaillent tous les dispositifs qu’elle invente pour créer des sous-espaces et des meubles mobiles, fixes ou intégrés qui accompagnent toutes les activités. Certains meubles et tapis sont des créations en vente dans sa galerie parisienne Jean Désert et, elle invente pour E-1027 un mobilier innovant par la légèreté des matériaux et la liberté de sa disposition dans tous les espaces. Dans la grande pièce du rez-de-chaussée, elle installe notamment, le fauteuil Transat, inspiré de ceux des paquebots et le fauteuil Bibendum. Elle crée aussi une banquette en cuir noir à armature en tube d’acier chromé, les tables volantes, le tapis « Marine d’abord » de la chambre d’amis ou l’astucieuse table de chevet chromée circulaire, baptisée Table E-1027, réglable en hauteur par une chaînette métallique.

D’autres meubles sont intégrés comme la tête de lit du petit divan de la grande pièce, avec son placard à oreillers, sa veilleuse à lumière bleue et ses prises de courant. A côté, un lutrin à livre est porté par un bras pliable métallique. Dans la chambre d’amis, un dispositif similaire porte le plateau inséré dans le secrétaire à rabat et rayonnages qui épousent le mur. Dans la chambre d’Eileen Gray, l’armoire de toilette haute et étroite sert de paravent entre le lavabo et le studio de travail. Dans un angle, des tiroirs pivotants se superposent. Dans la chambre d’amis le célèbre miroir mural circulaire Satellite avec son bras articulé portant un petit miroir rond fut l’objet d’un brevet déposé par Jean Badovici.

Aujourd’hui, les meubles mobiles présents dans la villa sont des copies modernes éditées par Aram, et les meubles fixes ont été reconstitués par l’Association Eileen Gray. Etoile de Mer. Le Corbusier.

Toutes les reconstitutions actuelles du mobilier présentes dans la villa ont pu être réalisées grâce au soutien d’Aram Designs.

 

Un jardin
aux ambiances variées

Vue sur le toit terrasse de la villa E-1027 d'Eileen Gray et Jean Badovici © Photographe Emmanuel Bougot

Tout comme la villa, ses jardins et son terrain sont classés au titre des monuments historiques.

Tout en variant les ambiances au nord et au sud-ouest, le jardin prolonge l’intimité de la villa côté mer. Au sud-ouest, il devient un salon extérieur abrité du vent par des pins maritimes, avec des chemins en dallage, des bancs, un espace pour les bains de soleil et une table pour les cocktails. Plus bas, un cyprès domine les rochers battus par la mer, où s’accrochent quelques plantes endogènes. Au nord, Eileen Gray a restauré les terrasses de citronniers et elle a profité de l’ombre pour installer une cuisine extérieure.

 

L’affaire des peintures
de Le Corbusier

Le Corbusier sur le divan dans le salon de la villa en 1939, après l’exécution de la peinture murale en avril 1938 © Fondation Le Corbusier / ADAGP - Photographe inconnu

Si Eileen Gray tenait à la blancheur des murs de la villa, Le Corbusier n’était a priori pas du même avis…

Bien après le départ d’Eileen Gray qui quitta la villa en 1932, Le Corbusier y séjourna pour quelques jours en 1937, 1938 et 1939. En avril 1938, avec l’encouragement de Jean Badovici, il y réalisa deux peintures murales, revenant l’année suivante pour en ajouter cinq. Il déclarait : « J’ai de plus une furieuse envie de salir des murs : dix compositions sont prêtes, de quoi tout barbouiller. » Selon ses biographes, Eileen Gray n’appréciait pas ces peintures. En 1949, Badovici menaçait de les enlever. Endommagées pendant la guerre, plusieurs peintures ont été restaurées par Le Corbusier lui-même en 1949 et à nouveau en 1963. Trois peintures ont cependant disparu. Les peintures conservées ont été restaurées ou sont en cours de restauration.

Le Corbusier devant une de ses peintures murales dans le coin bar du salon de la villa E-1027, 1939 © Fondation Le Corbusier / ADAGP - Photographe Lucien Hervé
VOIR  LE LIVRE « LE CORBUSIER, PEINTRE A CAP-MARTIN »

Eileen Gray,
Jean Badovici,
une amitié artistique

Portrait d’Eileen Gray, Paris, 1926. © Photographe Berenice Abbott/Getty Images

Entre 1926 et 1929, lorsqu’elle construit la villa avec son compagnon l’architecte Jean Badovici (1893-1956), le nom de cette maison de vacances imaginée à deux naît de l’imbrication de leurs initiales : « E pour Eileen, 10 du J de Jean, 2 du B de Badovici, 7 du G de Gray », le nom de la villa imbrique leurs initiales.

La Villa E-1027 publiée en 1929 dans la revue L’Architecture Vivante, dirigée par Jean Badovici, ouvrage réédité en 2015 aux Editions Imbernon. © Fondation Le Corbusier / ADAG
VOIR LE LIVRE “L'ARCHITECTURE VIVANTE”

EILEEN GRAY
(1878 - 1976)

9 août 1878. Naissance de Kathleen Eileen Moray en Irlande, dans le comté de Wexford, près d’Enniscorthy dans le manoir de Brownswood.

En 1900, sa mère l’emmène à Paris visiter l’exposition universelle.

En 1901-02, elle part à Londres où elle fréquente la Slade school of fine arts, école de peinture pour jeunes gens de la high society. L’année suivante, elle se rend à Paris pour étudier le dessin et s’inscrit à l’atelier Colarossi puis à l’Académie Jullian.

En 1905, Eileen Gray rentre soigner sa mère à Londres. Elle y découvre la laque chinoise de l’atelier de restauration de D. Charles où elle est aussitôt acceptée comme apprentie.

En 1907, elle s’installe 21 rue Bonaparte à Paris, dans un appartement du XVIIe siècle qu’elle conservera toute sa vie.

En 1909, elle voyage au Maroc avec Evelyn Wyld, une amie d’enfance, dans le but d’apprendre à fabriquer des tapis à l’instar de Da Silva Bruhns. Peu après, elle installe son atelier parisien rue Visconti.

En 1913, elle expose ses laques au Salon des Artistes Décorateurs.

En 1914, le couturier Jacques Doucet lui achète son paravent à quatre feuilles « le destin ». Par la suite, il lui commande différentes pièces de mobilier.

En 1920, lors d’un voyage au Mexique, Eileen Gray visite notamment Teotihuacan (dont un plan figurera dans l’une de ses maisons méditerranéennes.)

En 1922, elle inaugure sa boutique, la galerie Jean Désert, au 217, rue du faubourg-Saint-Honoré à Paris, face la salle Pleyel. Exposant au salon d’automne, elle y rencontre Robert Mallet-Stevens qui lui commande un tapis et un meuble pour la villa des Noailles qu’il construit à Hyères.

En 1923, elle est invitée à la XIV e exposition de la Société des artistes décorateurs (SAD) et présente chambre à coucher pour Monte-Carlo (ou hall 1922). La même année, Léonce Rosenberg présente à la galerie de l’Effort moderne une exposition consacrée à l’architecture hollandaise. C’est peut-être à cette occasion qu’Eileen Gray rencontre le jeune architecte d’origine roumaine Jean Badovici.

En 1924, Pierre Chareau invite Eileen Gray à exposer des objets dans son stand de la s.a.d. La revue hollandaise, « Wendingen » (en français « tournant Décisif ») qui est proche du mouvement de Stijl, consacre un numéro à Eileen Gray avec une introduction de Jan Wils et un article de Jean Badovici.

En 1926, « maison pour un ingénieur » ne fait encore partie que de son œuvre projetée. C’est au Cap-Martin, à Roquebrune, qu’elle choisit un terrain qu’elle achète au nom de Badovici, et commence à travailler à partir de maquettes et de plans. Elle étudie la topographie, la trajectoire du soleil et le sens des vents.

En 1926-1929, elle suit le chantier de la villa de Roquebrune Cap-Martin pour laquelle elle fait venir quelques meubles de la galerie Jean Désert. Elle en conçoit de nouveaux pour la villa et certains sont intégrés dans les murs. Douée d’un sens pratique, elle élabore une sorte de « mobilier de camping », escamotable et souvent à double fonction. Jean Badovici vient la conseiller quand son travail de rédacteur en chef parisien lui en laisse le temps.

En 1930, suite à la crise économique de 1929, elle ferme ses boutiques (Jean Désert et la rue Guénégaud). E-1027 a les honneurs du tout premier numéro de « L’Architecture d’aujourd’hui ».

En 1932, au bord de la route qui mène à Castellar dans les Alpes Maritime, Eileen Gray commence, cette fois sans l’aide de Badovici, la construction d’une seconde maison, « une maison à soi », qui nécessitera deux années de travaux.

En 1934, elle conçoit des meubles pour cette maison qu’elle vient de terminer.

En 1937, elle présente au Pavillon des Temps nouveaux de Le Corbusier, son projet de Centre de vacances et de loisirs intégrant des bungalows préfabriqués et démontables.

Dans les années 1946-1947, Eileen Gray qui s’attelle à la recherche de solutions face aux problèmes sociaux de son époque, commence à travailler sur un Centre culturel et social et elle élabore le projet d’un Club ouvrier.

En 1956, Jean Badovici meurt à Monaco.

En 1960, La villa E-1027 est vendue à Mme Schelbert, une relation de Le Corbusier qu’il fait venir de Suisse.

En 1972, le paravent « Le destin » de la collection Jacques Doucet est vendu aux enchères à un prix record à l’hôtel des ventes de Drouot, ce qui contribue à faire redécouvrir Eileen gray et son œuvre. elle est nommée Royal designer for industry en Angleterre.

En 1973, elle a droit à une rétrospective du RIBA (Royal Institute of Architects) à Londres, à une exposition itinérante aux Etats-Unis et elle est élue Honorary Fellow en irlande.

Le 31 octobre 1976, Eileen Gray meurt à Paris.

En 1998, la villa E-1027 est classée comme Monument Historique.

JEAN BADOVICI
(1893 - 1956)

Portrait de Jean Badovici © DR - Photographe inconnu

Jean Badovici, de son vrai nom Badoviso, est né à Bucarest le 6 janvier 1893. Naturalisé français au début des années 30, il est décédé à Monaco le 17 août 1956.

En 1919, Jean Badovici qui avait commencé des études académiques à l’Ecole des Beaux - Arts sous la direction de Julien Guadet et de Jean-Baptiste Paulin soutient son diplôme à l’ESA, l’Ecole spéciale d’architecture dont Robert Mallet-Stevens et Adrienne Gorska sont issus.

En 1920, il partage un appartement d’étudiants avec Christian Zervos, grec d’Alexandrie, qui étudie la philosophie. En 1923, tous deux réussissent à convaincre l’éditeur Albert Morancé de leur confier deux nouvelles revues. Christian Zervos publiera « Cahiers d’art », et Badovici, « l’Architecture vivante », documents sur l’activité constructive.

Le 1er numéro sort et il en signe l’éditorial « entretiens sur l’architecture vivante ». En tant que rédacteur-en-chef, Badovici fera vivre pendant 10 ans cette revue qui soutient les architectes modernes, en particulier Le Corbusier qui y commente ses réalisations.

En 1924, Jean Badovici participe à « Wendingen » la revue hollandaise proche du mouvement de Stijl qui consacre un numéro entier à Eileen Gray. Avec elle, il travaille aussi à la restauration de maisons anciennes à Vézelay.

De 1927 à 1936 il publie « L’œuvre complète Morancé » de Le Corbusier et Pierre Jeanneret et c’est lui qui parlera de Le Corbusier à Eileen Gray.

En 1929, il consacre un numéro spécial de « l’Architecture vivante » à E-1027, maison en bord de mer.

En 1930-1931, Eileen Gray réaménage l’appartement de Jean Badovici, rue de Châteaubriand.

En 1933, il participe aux côtés de Christian Zervos, Fernand Léger, André Lurçat et Le Corbusier au IVe Congrès International d’Architecture Moderne, (CIAM) qui débouche sur la charte d’Athènes.

En 1937, dans le Pavillon de l’Esprit Nouveau de le Corbusier, il présente à titre de nouveau moyen de sauvetage, un canot insubmersible.

En 1938 il achète une nouvelle maison à Vézelay et demande à Fernand Léger une peinture murale.

1945. Il participe à la reconstruction de Maubeuge sous la direction d’André Lurçat.

Le 17 août 1956, il meurt à Monaco. L’UAM lui organisera un hommage au Musée des Arts décoratifs.

Berenice Abbott, Portrait d’Eileen Gray, Paris, 1926. © Photographe Berenice Abbott/Getty Images

 

La restauration

Détail d’une étude stratigraphique du mur nord du salon © Photographe Tim Benton

Parfois maltraitée par ses propriétaires successifs, dont l'un mourut assassiné sur place, la villa, vidée de son mobilier, était très dégradée lorsque le Conservatoire du littoral en fit l'acquisition en 1999.

Sous les maîtrises d’ouvrage successives de la DRAC PACA, du Conservatoire du littoral et maintenant de Cap Moderne, d’importants travaux de restauration sont menés sur le site. Ils concernent le gros œuvre structurel mais aussi le second œuvre, l’aménagement intérieur et les jardins. Le parti pris de la DRAC et de Pierre-Antoine Gatier, Architecte en chef des Monuments Historiques chargée de la maitrise d'œuvre de la restauration de la villa est celui d’une « restauration en conservation » qui privilégie, chaque fois que possible, le maintien des éléments d’origine. Ainsi, malgré leur extrême fragilité, ont été conservés la grande baie vitrée en accordéon du salon, les sols carrelés, les quelques rares meubles fixes qui étaient encore en place…, ceci afin de rester le plus fidèle possible à l’esprit, au raffinement, à l’élégance et au côté expérimental de l’œuvre. De même, les peintures murales de Le Corbusier ont été maintenues et restaurées car elles marquent une étape clé dans l’histoire de l’occupation de la villa avec le passage indélébile de l’architecte.

Ce choix de restauration en conservation explique pourquoi la villa ne semble pas parfaitement « neuve » et nécessite par voie de conséquence un entretien permanent. La fragilité assumée par les architectes chargés de la restauration impose des mesures de protection très fortes qui limitent aussi le nombre de visiteurs sur le site et obligent ces derniers au strict respect d’un protocole de visite sur réservation, en petit groupe et accompagné.